mercredi 31 mars 2010

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22 mars 2010
Pierre Vernon: "En peinture il faut savoir rester humble pour laisser la place à l'émotion"

Au 7 rue Choron, le passant est interpellé par le fameux dinosaure rouge de l'artiste chinois Jianguo Sui, en vitrine de la galerie de Pierre Vernon (photo). Mais cette fois, ce sont les tableaux flamboyants qui y sont accrochés qui nous ont incités à pousser la porte...

Pierre a son atelier au 7 rue Choron. Il y expose actuellement son travail récent. "Tout en restant figuratif, l'abstraction de mes tableaux apporte une liberté qui permet au spectateur de se l'accaparer tel qu'il le ressent", explique-t-il, ajoutant qui préfère rester discret car "il y a trop d'égos dans le monde de l'art".

"Initialement, j'étais marchand mais c'était un métier qui ne me convenait pas. Il faut aimer vendre, avoir de entregent alors que je suis quelqu'un de réservé. Il y a dix ans, je me suis mis à peindre et j'ai longtemps cherché mon style. Avec cette exposition, j'ose maintenant afficher mon travail."
Les paysages que peint Pierre sont particulièrement colorés. Il y a de la vie, beaucoup de vie et une grande gaité. Ses représentations champêtres sont lumineuses et ses combinaisons en puzzles font progressivement découvrir le sujet.
"Il y quelques années, je n'osais pas présenter mon travail car le figuratif et la recherche esthétique n'étaient pas valorisés. Aujourd'hui, on revient à la peinture figurative. Peter Doig était exposé au Musée d'Art Moderne et Charles Ray expose aussi des petites fleurs (photo).
"En peinture, il faut savoir rester humble et laisser la place à l'émotion", conclut Pierre, dont l'exposition vaut vraiment le détour.

Galerie 7, 7 rue Choron 75009 Paris. T/06.10.37.39.92. Ouvert du mardi au vendredi de 13 à 18 heures.

dans Expositions

mardi 26 janvier 2010


Pierre Vernon
Ou le visible fissuré

Une grande peinture, c'est la saisie, par des moyens qui lui sont propres, de quelque chose qui n'est pas réductible à ce qui est montré.
Alain Badiou


La peinture abstraite n'est pas l'autre de la figuration, mais son redoublement conscient - sa déformation réfléchie. Voilà pourquoi, peut-être, les œuvres de Pierre Vernon n'appartiennent à aucun genre (à aucun courant) mais travaillent à même cette ambiguïté formelle qui rend toute image duplice; ou plutôt, comme passible d'un double regard. Tantôt paysage de forêt ou de bord de mer, tantôt pur chaos de couleurs, ses peintures nous invitent à plonger dans leur poésie visuelle - là où le sens de la figure se perd dans le dynamisme de la couleur.

A l'instar d'un Mondrian pour qui la quête de la lumière ne pouvait s'accomplir que dans l'abstraction, l'œuvre de Vernon a quelque chose de schématique, au sens où chaque singularité du monde qu'elle croque (une branche, une feuille, un tronc, un paysage) se métamorphose aussitôt en une forme abstraite. Mais, inversement, à l’instar cette fois d’un Nicolas de Staël ou d’un Kandinsky, Vernon ajoute à ce premier mouvement ascendant (du réel à sa forme), son corrélat visuel, à savoir : que toute forme abstraite n'a de sens que pour autant qu'elle s'intègre harmonieusement à l'espace coloré dont elle n'est qu'un élément.

Peintre-philosophe, plus proche en cela des phénoménologues que des expressionnistes, Pierre Vernon cherche, dans son œuvre, le moyen d'unir en une seule intuition, l'aperception directe du réel et son épure géométrique. Serait-ce un leurre ? Une chose est sûre, en appliquant à ses toiles une sorte d'ascèse soustractive, Pierre Vernon redonne à l'abstraction son sens véritable et, par là même, sa vocation : fissurer le visible, en désaxé son cliché ; autrement dit : nous redonner à voir le monde dans son essence pure - tel qu'il ne fut jamais.

Frédéric-Charles Baitinger